Bio

« Si de prime abord, on associe le nom Lénine Renaud à la Révolution et à un célèbre chanteur énervant, nous voulions avant tout faire un clin d’oeil gauche à la demoiselle from Armentières. Ayant été au sein de nos formations respectives (Marcel et son Orchestre pour Franck et les VRP pour Cyril) maquillés, déguisés, meneuses de revues pendant nos concerts et vivant tous les deux dans le Nord, on s’est amusés avec cette référence. »

Ce groupe est une formation acoustique d’appellation et d’origine incontrôlable. Lénine Renaud est un duo composé de six personnes, aux personnalités et aux caractères bien affichés. L’attitude doit être dans leur ADN car Lénine Renaud réussit à sonner comme un groupe de rock’n’roll sans batterie ni électricité. Tour à tour folk, pop, swing, jazz, afro beat, blues, tango, biguine ou encore country... Rien de démonstratif dans le jeu, pas de solos interminables mais une jolie dextérité et une belle maturité.

Pour accompagner les deux chants, il y a un accordéon, une contrebasse, un banjo, une mandoline, toutes sortes de guitares, des notes d’harmonica et diverses breloques. A l’écoute de leur répertoire, on découvre qu’ils sont avant tout des tendres, des émotifs. Leurs textes sont souvent des portraits drôles et parfois graves à la poésie assumée.

S’ils chantent nos combats ordinaires, les inconnus familliers, ils se refusent à faire des chansons partisanes aux slogans trop souvent démagos. Ils aiment rappeler que toutes les chansons qu’elles soient d’amour, de variété, qu’elles parlent des arbres, de la montagne... portent un message et des valeurs. Il n’y a pas de chanson innocente. Lénine Renaud est un melting pot, une world music de quartier pour laquelle on succombe bien volontiers.

Formé en 2010, le groupe a sorti trois albums à ce jour dont deux signés sur le label At(h)ome et distribués par Sony. Pour leur nouvelle création, le groupe a puisé son inspiration chez les peintres. Il s’est plongé dans des tableaux pour en raconter des histoires réelles ou fantasmées. La sortie de ce nouvel album enregistré en novembre 2021 par Dominique Ledudal (Jacques Higelin, Renaud, Tryo, les Innocents, Charles Trenet...) est prévue pour octobre 2022 (At(h)ome - Sony).

En additionnant le nombre d’années que les différents membres de cette formation ont passé sur scène avec leurs anciens et autres groupes et en multipliant par le nombre de concerts effectués par les uns et les autres, on n’est pas loin d’atteindre l’âge des peintures rupestres. Et même si pour certains le temps ne fait rien à l’affaire, on a toutefois quelques indications sur leurs expériences.

Avec plus de dix ans d’existence, plusieurs centaines de concerts dans toute la France et pays frontaliers (l’Européen, le Zébre de Belleville, Bruxelles, Luxembourg...) de très nombreux festivals (Musicalarue, Chant’appart, Fête de l’Huma...), on peut en conclure que le groupe a une petite aisance scénique.

LE PETIT MUSÉE DE LÉNINE RENAUD

Lénine Renaud a quelque chose d'unique, proche d'un héroïsme discret. Stimulant et métissé, populaire et fanfaron, tendre et humaniste. Qui sait faire coïncider esprit enfantin et lucidité d'adulte. Artisanal, bien sûr, vivace, enivré par une générosité qui déborde à la manière d'une bière pression. Ne surtout pas projeter dans ce nom un quelconque devoir de mémoire ou une vénération révolutionnaire inhérente à l'empire soviétique. Plutôt une (ir)révérence, connexion Hauts-de-France oblige, à une Mademoiselle from Armentières, troquant pour l'occasion ses sympathies chiraquiennes pour des élans insoumis. Et puis après tout, Frank Vandecasteele et Cyril Delmote ont derrière eux des kilomètres au compteur en tant que meneur de revue, respectivement au sein de Marcel et son Orchestre (monolithe anachronique, expressif, attachant et à l'aura toujours intacte) et de feu VRP. Du zinc, du souffle, de la sueur, de la proximité chaude, de l'ardeur dans les voix, de la jovialité corrosive. Ces deux garçons-là « poètent » comme ils respirent. Dans les chansons de Lénine Renaud, il y avait jusqu'à présent - trois albums depuis 2012 - des humains imprécis, des gueules anonymes, des outsiders attendrissants. Constamment ce désir prégnant par le prisme de l'anecdote ou de l'incarnation de leur redonner de l'épaisseur, du caractère. En embuscade, un enracinement réaliste, un humour avec trame sociale et un refus absolu du manichéisme. Pour sa quatrième livraison, la formation s'éloigne ici de sa zone de confort pour glisser vers une variation picturale en douze chapitres. Peut-être qu'elle ne fréquente aucun temple, mais elle ne se fout pas de toute hauteur, et encore moins de ces lieux privilégiés de recueillement, d’émerveillement et de consolation. Témoignages sacrés que l'homme peut aussi être capable du somptueux, et pas seulement des pires immondices. Le déclic survient pendant le confinement, période trouble où ces endroits sont considérés comme non-essentiels. Franck Vandecasteele, qui les courtise de façon assidue au point que c'est un élément déterminant dans ses destinations de voyage, profite du rangement de sa bibliothèque pour s'emparer de la biographie de Gustave Courbet écrite par Michel Ragon. Puis une autre de De Goya ainsi que les lettres de Gaston Chaissac. Puisque Cyril Delmote est nourri par la même passion, nul besoin de tergiverser : Le Petit Musée de Lénine Renaud peut ouvrir ses portes. Ne pas s'attendre à une approche périodique ou liée à un courant défini. Le sextet va là où le cœur le mène, donne des clés, des repères, ne sort jamais du cadre. Pas question de basculer dans l'exposé didactique, mais dans la projection, l'émotion impulsée, le portrait (art qu'ils maîtrisent, d'ailleurs, à la perfection), le court-métrage. Liberté d'angle et d'accroche, contrainte à se calquer sur le son du tableau. Lénine Renaud fait naître de jolies incendies textuels et musicaux, avance à pas feutrés (La Ronde de nuit), se place au moment de la création (La Femme à l'ombrelle et sa pop solaire à la George Harrison), ravive le souvenir des salles de bal (Les Vieilles), croque un Toulouse-Lautrec en oiseau de nuit libertin, exhibe une percée jouissive et gouailleuse (L'Origine du monde), ose une lettre ouverte (Gaston Chaissac). « Offrir de la peur/C'est le moteur de l'histoire/Offrir de la peur/Pour vendre de l’espoir », scandent-ils dans le refrain de La Chute des damnés, rappelant ainsi qu'ils savent cacher le ressenti et la politique dans la même niche, intime et obstinée. Intellectuels de cœur, réunis dans une fanfare aux beaux-arts poétiques, Lénine Renaud est exactement le contraire de ce qui nous empêche de vivre.

Patrice Demailly

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